[u][b]Les «races humaines» existent-elles ?
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J’ouvre ce topic pour répondre dans ma langue et de manière claire aux échanges que j’avais eu dans ce topic concernant l’existence de supposées «races humaines».
Mais Pour commencer une petite mise-au-point s’impose. En effet la question de l’existence des «races humaines» est entouré de confusions sémantiques et sociologiques pour le moins importantes, la première question à se poser est de savoir ce qu’est une race.
En français le terme «race» a décrit des choses bien différentes. Par exemple dans l’ancien temps le terme «race» désignait une lignée familiale notamment chez les nobles. Bien évidemment cette définition est aujourd’hui quelque peu désuète et ne concerne pas la problématique dont il est question ici.
[b]La race pour décrire les variétés issues de l’élevage
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Aujourd’hui en français la définition la plus commune du mot «race» est celle visant à décrire les différentes variétés d’animaux d’élevage. On parle par exemple de races de chiens. Les races domestiques sont définies selon certains critères morphologiques strictes on parle de « standard de la race». Les races étant maintenu par la pratique d’une certaine endogamie et donc maintenu à un certain niveau de «pureté». Certaines races de chiens peuvent certes être issues du croisement de deux ou plusieurs races, comme le Doberman issu du croisement de Pinscher allemand et de Rottweiler, cependant même là la nouvelle race ainsi créé sera par la suite maintenu par la pratique d’une certaine endogamie. La manière dont les races d’animaux d’élevage sont créées et maintenues, a des conséquences importantes en terme de diversité génétique. Ainsi lorsque l’on analyse le génome des différentes races de chiens ont découvert[u] des «blocs haplotypes» 100 fois plus importants que ceux observé chez l’être humain[/u]. Cela s’expliquant par le fait que la diversité génétique au sein des races de chiens est grandement réduite. Ainsi le généticien [u]Bertrand Jordan[/u] résume la chose en disant que si chez les être humain l’essentiel de la diversité génétique se situe au sein des populations que l’on nomme «races» chez les chiens nous avons la configuration inverse avec une diversité génétique plus importante entre les «races».
Ce point concernant les races de chiens et plus généralement les races d’animaux d’élevage est important car illustrant le fait que ce que nous appelons communément des «races humaines» ne représente en réalité pas la même chose que les races d’élevages comme le sont les races de chiens. Les races de chiens étant bien définit par des standards généralement assez stricts ainsi que par une diversité génétique réduite lié aux modalités de création et de maintien des races en question.
Les anglo-saxons utilisent d’ailleurs généralement le terme de «breed» pour parler des races d’animaux d’élevage. Ainsi nous pourrions penser que les anglo-saxons font une distinction entre les subdivisions chez les animaux d’élevage et celles qui sont faites chez les populations humaines. Seulement voilà apparemment certains anglo-saxons pensent réellement que le terme «breed» et le terme «race» sont synonymes. Et donc ils ne s’adonnent pas, du moins pas tous, à cette nécessaire distinction.
[b]La «race» comme «sous-espèce»
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Il est intéressant de noter que le mot «race» est également souvent utilisé comme synonyme du mot «sous-espèce» (subspecies en anglais).
Le mot «sous-espèce» renvoyant à une classification taxonomique d’un rang inférieur à celui de l’espèce. Ainsi les membres de différentes sous-espèces sont interféconds et représentent généralement des «variétés géographiques» d’une même espèce, chaque variété se distinguant génétique et/ou phénotypiquement des autres.
Apparemment là nous tenons une bonne définition du mot «race» et même une bonne définition des supposées «races humaines» que l’on pourrait donc réellement définir.
Mais là encore il y a un problème!
Premièrement il faut déterminer si on considère le mot «race» comme synonyme aux subdivisions chez les animaux d’élevage ou aux diverses subdivisions observé chez les animaux sauvages. Car ce n’est pas la même chose. À moins que l’on postule que le mot «race» peut décrire n’importe quelle subdivision indépendamment du degré et de la distribution de la diversité observé au sein d’une espèce. Auquel cas le mot «race» n’aura plus aucune pertinence puisqu’on pourra aussi bien parler de «race» des roux que de «race bretonne».
Deuxièmement même en oubliant la problématique posée par les subdivisions chez les animaux d’élevage et même en admettant que le mot «race» est synonyme du mot «sous-espèce», comment définit-on les sous-espèces en question?
Généralement les sous-espèces sont définies par les variations phénotypiques observées au sein d’une espèce au travers des différentes aires de répartition géographique, de cette dernière. Ainsi de nombreuses populations d’animaux considérées comme différentes sous-espèces d’une même espèce, ont été définies comme telles longtemps avant l’arrivée de la génétique et parfois même au temps de Carl Von Linné.
Naturellement aujourd’hui on ne peut plus se contenter de simples variables phénotypiques pour définir des «taxons». Par exemple la classe des «reptiles» n’est plus considéré comme taxonomiquement valide aujourd’hui car il s’agit d’un regroupement [u]«paraphylétique»[/u] comme l’on montré des analyses phénotypiques approfondies mais également les avancés en matière de génétique.
[b]Mais donc quel rapport avec l’espèce humaine me direz-vous ?
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Eh bien le rapport de tout ce qui a été dit précédemment est de savoir ce que l’on pourrait entendre concrètement par «races humaines».
Car quelles seraient les «races humaines» en question?
Les premiers classifications raciales de notre espèces, dont beaucoup datent du 19ème siècle divergeaient déjà énormément les uns des autres. Certaines ne définissaient que trois races (noire, blanche et jaune) et d’autres plusieurs dizaines ou centaines de races et cela toujours en se basant sur des variables phénotypiques réparties inégalement d’une région à l’autre. Bien évidemment l’arrivé de la génétique allait quelque peu changer la donne car permettant d’établir des liens d’apparentement plus poussé et étant riche d’enseignement sur l’évolution récente de notre espèce.
Ainsi la génétique mis fin au «multirégionalisme» strict voulant que les différentes «races humaines» (notamment représenté selon les classifications de l’époque par les blancs, noirs et asiatiques) soient toute apparue indépendamment les unes des autres par une évolution parfaitement parallèles des Homo erectus qui peuplaient alors l’Afrique et l’Eurasie depuis près de deux millions d’années. Au contraire les données génétique pointent clairement vers une origine récente et commune et cela malgré de probables mélanges entre les Homo sapiens venus d’Afrique et les Néanderthaliens (voir peut-être des hominidés de type Homo erectus) déjà présents en Eurasie.
Mais hormis cette origine récente une analyse approfondis du génome nous a montré trois choses importantes.
[b]1[/b]. Une proximité génétique importante des différentes populations humaines. Ainsi génétique les différentes populations humaines sont moins dissemblables que le sont les différentes sous-populations de chimpanzés en Afrique.
[b]2[/b]. Que malgré cette proximité il est possible de tracer des ascendances et de s’adonner à des regroupements (clusters en anglais). Par exemple on peut définir le regroupement des européens et déterminer les ascendances européennes d’un individu en corrélant différents allèles dont la fréquence est plus importante chez les européens. Cela permettant de déterminer certaines migrations importantes ayant très probablement eu lieu durant la préhistoire.
[b]3[/b]. Le caractère mosaïque de la répartition de la diversité génétique humaine. Car même si l’on peut déterminer l’ascendance géographique d’un individu à partir de certains allèles, les allèles ne sont pour l’écrasante majorité pas exclusif à un seul groupe voir même pour certains ont des modalités de répartition de correspondant pas aux regroupements géographiques traditionnelles ni même aux classements raciaux généralement effectués.
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/595030HumanDiversity.jpg[/img]
[quote][i]A ) Schéma simplifié des migrations/diversification des populations humaines.
B) et C). Ont ici été ajoutés, par des points de différentes couleurs, les résultantes des recombinaison/redistribution moyenne des allèles/individus, suite à ces mouvements de populations (flux, migrations, séparations, recombinaisons, etc.) donnant des couleurs moyennes plus accusées aux extrêmes - de flux continus allant dans différents sens - qui ont bien entendu été très grossièrement illustrés.
Chaque petit groupe de points dans ce graphique peut représenter à l'envi une famille, une tribu, ou un individu avec son pool génétique. De (A) à (C), ce sont donc des graphiques représentant les gros traits de l'histoire puis de la situation de l'Humanité (C) en agrégats divers, à partir de leur passé (A) à un temps et localisation donnés.
D) A partir de ce schéma, commence la racialisation des agrégats, c-à-dire la transformation mentale de l'humanité et de ses combinaisons et populations en des groupes ordonnés, avec leur part d'artificiel et d'arbitraire. Dès le schéma D, la scientificité de l'étude phylogéographique est transformée et aliénée.
E) Les regroupements sont ici encore plus grossiers, et à F). On superpose simplement des types raciaux idéalisés (en couleurs) et encore plus grossièrement symbolisés (en N/B) selon les 3 à 5 anciennes divisions traditionnelles. Ces regroupements en races sont - on tente du moins de l'illustrer graphiquement ici - un concept inadéquat, un contresens, et surtout un plombage pour comprendre l'histoire de notre espèce et de sa diversité actuelle.
A remarquer dans cette approche graphique : pour sa fabrication grâce à un logiciel de traitement d'images assez simple, les schémas D, E, et F ont été recomposés par une texturisation en mosaïque où les valeurs des pixels sont calculées et assemblés en carrelages de valeur moyenne. On se rend compte ici de l'extraordinaire analogie entre la manière dont le logiciel calcule la moyenne de différentes colorations d'une zone d'image pour en faire un pavé uniforme avec une seule couleur moyenne, et la manière dont les humains font mentalement des regroupements avec part d'artificiel et d'arbitraire d'individus et/ou de petits agrégats populationnels (ensemble d'allèles/individus ou petites populations/agrégats) , pour assigner ces individus à un plus grand groupe donné. Photoshop assigne donc des pixels de différentes couleurs à un pavé de couleur moyenne calculée (D et E), et notre cerveau fait à peu près pareil, nous invitant à oublier la réalité (A à C) de ce qui se passe sous cette apparence "raciale" : les extrémités d'une variation biogéographique continue, transformés en races idéalisées ou divisions raciales.[/i][/quote]
Ces trois points ont des implications dans le «débat» sur l’existence des «races humaines» et donc sur la pertinence des classements raciaux.